les systèmes de vision nocturne

Depuis une vingtaine d’années, le cinéma et les jeux vidéo font la part belle aux jumelles de vision nocturne (JVN). Mais, mis à part quelques expériences visuelles extrêmement convaincantes comme Call of Duty Modern Warfare, très peu s’approchent de la réalité et des limites du système, se contentant la plupart du temps d’un filtre vert calqué sur l’écran…

CoD Modern Warfare (2007)

La nature comme inspiration, la technologie comme solution

Si, depuis la nuit des temps, l’homme a bien compris que voir la nuit procurait des avantages certains, il a aussi dû se rendre à l’évidence : même avec l’aide de  potions magiques et de grigris, il reste l’une des espèces les moins bien pourvues par la nature dans ce domaine !

C’est pourtant la nature qui va inspirer les deux principales solutions technologiques pour « voir la nuit » :

– La vision thermique : comme les serpents (ou le Predator), l’homme va développer des systèmes capables de modéliser des images à partir de zones de chaleur.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Allemands et Américains misent sur des « projeteurs à infra-rouges », systèmes passifs encombrants et énergivores qui préfigurent les caméras thermiques d’aujourd’hui;

L’intensification de lumière : comme les félins, on peut amplifier la lumière présente la nuit (lune, étoiles…) par le biais de tubes chargés principalement de photons, et obtenir ainsi, au travers de jumelles, une image relativement nette et de couleur verte (celle qui fatigue le moins l’œil humain). 

Testée pour la première fois au Vietnam, l’IL sera démocratisée durant la Guerre du Golfe en 1991. Elle est depuis devenue un équipement standard de toutes les armées modernes,  et ne cesse de se moderniser en matière d’ergonomie (il est notamment directement monté sur les casques), de qualité d’image et de champ de vision (FOV).

Les deux technologies ont leurs avantages et leurs inconvénients : le thermique permet de rapidement localiser des cibles, mais pas de les identifier avec précision. l’IL, quand à elle, pose principalement un problème de contraste. 

Le jeu vidéo et les JVN

Il est assez étonnant de constater que certains des jeux les plus marquants de ces dernières années ont fait le choix de la technologie « thermique » pour donner une identité particulière à leur personnage. Nous nous souvenons tous des « tritubes » de Sam Fisher dans Splinter Cell, même si dans la réalité, la vision thermique est aujourd’hui destinée à l’observation et surtout au tir à partir d’un véhicule…

On pourrait aussi faire une liste extrêmement longue des erreurs et approximations relevées dans l’utilisation des JVN dans les jeux vidéo, comme des combats dans des tunnels sans lumière, ou encore une absence de gestion des ombres, pourtant extrêmement présentes dans la pénombre.

Pourtant, c’est peut-être du jeu vidéo que viendra le futur de la vision nocturne. De nouvelles jumelles récemment révélées par l’US ARMY et Google montrent une vision en « fil de fer » qui rappelle le Virtual Boy de Nintendo, mais qui révèle surtout un niveau de détails et d’informations tactiques inégalés.

 

 

 

 

Drones et munitions rôdeuses : les nouveaux Stuka ?

Assez étrangement, le concept du drone kamikaze, aussi appelé « munition rôdeuse », est assez peu répandu dans le jeu vidéo (une exception, l’UCAV de Battlefield 4, uniquement disponible en multi).

 

Battlefield IV (2013)

 

 

Une munition rôdeuse, c’est quoi?

Dans la réalité, le concept n’est pas nouveau, loin de là. Le pionnier en la matière, Israël, le développe depuis les années 2000, notamment avec le HAROP. L’idée est simple : comme un oiseau de proie, le drone peut tournoyer pendant des heures au-dessus du champ de bataille et, s’il voit une proie, fondre sur elle. 

La différence principale entre un drone armé et une munition rôdeuse, c’est que le premier va tirer une munition pour détruire sa cible, alors que le second est lui-même la munition. Et s’il ne trouve pas de cible, il peut être récupéré, reconditionné et utilisé pour une nouvelle mission. 

un drone Harop

Le Nagorno-Karabakh, la première guerre des drones?

A l’automne 2020, le conflit du Nagorno-Karabakh a montré au monde la place que tiendraient désormais les drones « kamikazes », ou munitions rôdeuses.

De nombreuses vidéos montrent la destruction de chars ou de systèmes anti-aériens arméniens par des drones ou munitions rôdeuses azéries. Les HAROP et les BAYRAKTAR TB2 ont été d’autant plus efficaces qu’ils ont été déployés en essaim, et qu’ils ont donc saturé les défenses adverses, anéantissant à eux seuls des positions d’artillerie ou des positions fortifiées.

 

Un drone Azéri filme la frappe de deux autres drones

 

Un Gamechanger de la guerre?

Un drone turc Bayraktar TB2 vu de dos

Depuis le conflit du Haut-Karabakh, l’engouement pour les munitions rodeuses explose, Le marché des munitions vagabondes pourrait tripler d’ici 2030, faisant entrer la « guerre des drones » dans une phase industrielle, qui verra se démocratiser leur usage offensif.

Cette arme sera bientôt de tous les conflits, de la lutte anti-terroriste à l’affrontement entre blindés. Le processus est déjà engagé, les forces armées devront très vite trouver des solutions pour repenser leur défense aérienne et la protection contre les drones, y compris au niveau tactique. 

deux chars arméniens en passe d'être détruits par un drone azéri

 

Une arme de guerre psychologique?

Le drone est massivement rejeté par les populations depuis la « War of Drones » de Barack OBAMA, et la multiplication des frappes (y compris dans des pays où les forces armées américaines ne sont pas présentes) par les PREDATOR et les REAPER. Pourtant, c’est bien au cours du conflit du Haut-Karabakh que le drone est devenu un instrument de propagande et, plus encore peut-être, de guerre psychologique. 

Les témoignages des combattants, mais aussi des civils, font directement allusion aux célèbres « Stuka » de la Seconde Guerre Mondiale, et comparent le bourdonnement des drones à la funeste sirène du bombardier en piqué allemand, sirène dont le but n’était autre que diffuser la terreur.

Que l’on soit sur les plages de Dunkerque en 1940 ou sur les plateaux du Caucase en 2020, il n’y a plus d’endroit pour se cacher, plus de période de répit… le soldat ne dispose plus de liberté de manœuvre, et le civil voit son esprit de résistance brisé. Craignez donc le bourdonnement des drones!