Chiens de guerre

Régulièrement, les images de robots quadripodes agitent le monde des médias. D’autant plus que l’on commence désormais à voir certaines de ces machines équipées d’arme. Une représentation anxiogène dont s’est emparée la pop culture.

 Ci-dessus : le « chien-robot » de Ghost Robotics a été présenté équipé d’un fusil de précision SWORD.

 

Nous pourrions écrire des lignes et des lignes sur le fantasme du « Terminator » dans la société, notamment la façon dont les médias ou même certains groupes politiques envisagent la robotique militaire.

Cela est dû bien sûr au succès intemporel de la saga hollywoodienne initiée dans les années 80, mais également, dans la période plus récente, au retour des « robots tueurs » dans la pop culture en général, dans une représentation moins anthropomorphique, et plus… animale.

L’épisode le plus marquant concerne, justement, un épisode célèbre de la série d’anticipation « Black Mirror » en 2017, intitulé « Metalhead », qui mettait en scène d’abominables (oui oui) petits robots quadripodes pourchassant les êtres humains. Un concept repris trait pour trait par la « Guerre des Mondes » de Canal+ en 2019.

Hasard de l’histoire, ou pas, la société américaine Boston Dynamics devenait à la même époque célèbre pour les facéties de son désormais célèbre robot SPOT, qui démontre à chaque apparition l’étendue de son apprentissage. Il n’en fallait donc pas beaucoup pour que le grand public s’alarme d’une future domination des humains par les machines !

Autre épisode, en 2021, l’armée française a utilisé SPOT durant une démonstration de l’utilisation de la robotique au combat. Le petit robot de Boston Dynamics était là pour illustrer sa capacité à faire de la reconnaissance dans un bâtiment, bénéficiant de son exceptionnelle agilité. Des images aussitôt interprétées comme la volonté des armées de l’utiliser au combat, ce qui a dû être démenti par l’entreprise !

Nous avons donc ici un débat qui passionne, car il terrifie. Mais aussi profondes soient vos peurs des robots, ces appareils demandent un tel niveau de sophistication pour évoluer sur le terrain qu’ils sont encore très loin de la maturité opérationnelle. D’autant plus s’il s’agit d’un théâtre de guerre. Outre la mécanique, certes impressionnante, il y a surtout le problème de l’évolution dans un monde changeant. Oui, un quadripode sera agile, mais bien plus fragile qu’un engin chenillé, ou même à roues.

Diverses expérimentations ont été menées, par les américains principalement, avec des quadripodes MULE, qui sont toutes arrivées à la même conclusion. Ces technologies sont encore trop fragiles, trop peu endurantes, trop bruyantes… et les robots restent entièrement dépendants de l’homme.

 

Le jeu vidéo a un peu d’avance

Bien évidemment, le jeu-vidéo lui, ne s’est pas privé et les jeux d’action ont très vite su adopter ces machines, les dotant d’un arsenal meurtrier.  Nous sommes encore ici dans des scénarios d’anticipation, mais il y a peut-être bien là une idée de quoi seront capables ces machines dans une ou deux décennies.

Dessin préparatoire pour Ghost Recon Breakpoint chez Ubisoft

 

 

FUN FACT : récemment se déroulait la bêta de Battlefield 1942, durant laquelle certains joueurs ont pu apercevoir le comportement pour le moins erratique de certains de ces quadripodes robotiques. Involontairement, c’est peut-être là une reproduction fidèle de la réalité ! Pour l’instant.

https://www.youtube.com/watch?v=R7vEUDrmwQos

Vauban dans le désert

Tout spécialiste de Tower Defence vous le dira : une fortification efficace repose avant tout sur la bonne couverture de la totalité des angles. Une recette que les moyens modernes ont permis de dépasser. Mais, parfois, les bonnes vieilles méthodes permettent de s’assurer rapidement une défense en zone hostile.

Ci-dessus : l’œuvre du 17ème RGP de l’armée de Terre française en 2018, au Mali.

 

 

En 2010, cette scène mémorable de Call of Duty Black Ops en 2010 nous mettait dans une situation bien périlleuse: celle des défenseurs d’une base avancée américaine au Vietnam.

 

Contrôler le terrain

En vérité, à la guerre, les armes ont changé, mais pas certaines règles. L’une d’elles, primordiale, revient à s’emparer de la meilleure position, la fortifier, puis la tenir. Et dans le contexte moderne des opérations extérieures, les armées se sont spécialisées dans la construction des fameuses FOB, postes avancés devant permettre de tenir des zones clés d’un territoire.

L’OTAN en a par exemple bâti des centaines (toujours de forme carrée, ou rectangulaire) dans les vallées ou sur les pitons afghans, en choisissant soigneusement leurs emplacement. Il n’y a guère que dans Far Cry où l’on continue à installer des bases en contrebas de points hauts ou de falaises !

Une autre FOB française à Labbeganza au Mali. On aperçoit la 2ème ligne de fortification, en étoile.

 

Les forteresses Vauban… contre le terrorisme

Les nostalgiques de la saga Stronghold ont le souvenir qu’une bonne fortification médiévale (c’est-à-dire haute et épaisse) peut résister à la plupart des sièges… du moins jusqu’à l’apparition des canons !

Stronghold: Crusader II

 

A partir de la Renaissance, avec l’arrivée de la poudre, l’ingénierie militaire doit se remettre en cause. Sebastien Le Prestre de Vauban propose alors au roi Louis XIV une structure en étoile qui servira de modèles aux places fortes françaises lors des guerres européennes.

Le fort Vauban est conçu pour optimiser la puissance de feu défensive dans plusieurs angles. Ainsi, chaque « flèche » de l’étoile couvre sa voisine. Dans le jeu Empire Total War, les forts Vauban représentent d’ailleurs un must technologique durant vos campagnes de conquête.

 

Et voilà qu’ils font leur retour aujourd’hui, agrémentées de moyens modernes : blocs de ciment, gabions HESCO, fossé/sas anti-véhicule suicide, et bien entendu des armes modernes. Caméras, drones ou ballons assurent aussi une surveillance permanente du périmètre, en plus des traditionnelles sentinelles.

Les Français se sont donc appliqués dernièrement à faire revivre la tradition, avec plusieurs ouvrages en Afrique, au Sahel surtout, ou comme ci-dessous en côte d’Ivoire, l’œuvre du 43ème BIMA.

 

Autre exemple fameux, l’armée française réinvestit et modernise en 2015 au Niger l’ancien fort colonial de Madama, qu’elle avait elle-même occupé plus d’un siècle auparavant !

 

Enfin, restons au Sahara pour montrer l’inédite « Grande Muraille » bâtie par le Maroc entre 1980 et 1987 : 2700 kilomètres de dunes artificielles, sur deux voire trois lignes, agrémentée de fossés antichars, de batteries d’artillerie, de barbelés… et de mines antipersonnel.

 

Si ces modèles de fortification conviennent peu face à un assaut lourdement mécanisé, et encore moins face à l’aviation, ils restent tout à fait efficients pour contrôler une zone dans le cadre d’une guerre de contre-insurrection.

Alors que les Tower Defence sont à la mode, et que du côté des STR, le récent Age of Empires IV appuie sur l’importance des fortifications, ces quelques exemples nous montrent que même sur les théâtres d’aujourd’hui, certaines règles demeurent immuables, offrant un curieux condensé de tradition et modernité.

Age of Empires IV

Les Expeditionary Sea Bases

Quand on parle de bases d’opérations maritimes, on pense bien évidemment aux porte-avions, mais surtout aux porte-hélicoptères ou aux navires de commandement, qui ont déjà été largement utilisés dans le jeu vidéo, comme dans CoD Ghosts. Cependant, les Expeditionnary Sea Bases qui, comme leur nom l’indique, sont de véritables bases opérationnelles mobiles, répondent à un autre concept, beaucoup plus souple et discret, et donc particulièrement adapté aux opérations spéciales et clandestines.

 

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les systèmes de vision nocturne

Depuis une vingtaine d’années, le cinéma et les jeux vidéo font la part belle aux jumelles de vision nocturne (JVN). Mais, mis à part quelques expériences visuelles extrêmement convaincantes comme Call of Duty Modern Warfare, très peu s’approchent de la réalité et des limites du système, se contentant la plupart du temps d’un filtre vert calqué sur l’écran…

CoD Modern Warfare (2007)

La nature comme inspiration, la technologie comme solution

Si, depuis la nuit des temps, l’homme a bien compris que voir la nuit procurait des avantages certains, il a aussi dû se rendre à l’évidence : même avec l’aide de  potions magiques et de grigris, il reste l’une des espèces les moins bien pourvues par la nature dans ce domaine !

C’est pourtant la nature qui va inspirer les deux principales solutions technologiques pour « voir la nuit » :

– La vision thermique : comme les serpents (ou le Predator), l’homme va développer des systèmes capables de modéliser des images à partir de zones de chaleur.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Allemands et Américains misent sur des « projeteurs à infra-rouges », systèmes passifs encombrants et énergivores qui préfigurent les caméras thermiques d’aujourd’hui;

L’intensification de lumière : comme les félins, on peut amplifier la lumière présente la nuit (lune, étoiles…) par le biais de tubes chargés principalement de photons, et obtenir ainsi, au travers de jumelles, une image relativement nette et de couleur verte (celle qui fatigue le moins l’œil humain). 

Testée pour la première fois au Vietnam, l’IL sera démocratisée durant la Guerre du Golfe en 1991. Elle est depuis devenue un équipement standard de toutes les armées modernes,  et ne cesse de se moderniser en matière d’ergonomie (il est notamment directement monté sur les casques), de qualité d’image et de champ de vision (FOV).

Les deux technologies ont leurs avantages et leurs inconvénients : le thermique permet de rapidement localiser des cibles, mais pas de les identifier avec précision. l’IL, quand à elle, pose principalement un problème de contraste. 

Le jeu vidéo et les JVN

Il est assez étonnant de constater que certains des jeux les plus marquants de ces dernières années ont fait le choix de la technologie « thermique » pour donner une identité particulière à leur personnage. Nous nous souvenons tous des « tritubes » de Sam Fisher dans Splinter Cell, même si dans la réalité, la vision thermique est aujourd’hui destinée à l’observation et surtout au tir à partir d’un véhicule…

On pourrait aussi faire une liste extrêmement longue des erreurs et approximations relevées dans l’utilisation des JVN dans les jeux vidéo, comme des combats dans des tunnels sans lumière, ou encore une absence de gestion des ombres, pourtant extrêmement présentes dans la pénombre.

Pourtant, c’est peut-être du jeu vidéo que viendra le futur de la vision nocturne. De nouvelles jumelles récemment révélées par l’US ARMY et Google montrent une vision en « fil de fer » qui rappelle le Virtual Boy de Nintendo, mais qui révèle surtout un niveau de détails et d’informations tactiques inégalés.

 

 

 

 

Drones et munitions rôdeuses : les nouveaux Stuka ?

Assez étrangement, le concept du drone kamikaze, aussi appelé « munition rôdeuse », est assez peu répandu dans le jeu vidéo (une exception, l’UCAV de Battlefield 4, uniquement disponible en multi).

 

Battlefield IV (2013)

 

 

Une munition rôdeuse, c’est quoi?

Dans la réalité, le concept n’est pas nouveau, loin de là. Le pionnier en la matière, Israël, le développe depuis les années 2000, notamment avec le HAROP. L’idée est simple : comme un oiseau de proie, le drone peut tournoyer pendant des heures au-dessus du champ de bataille et, s’il voit une proie, fondre sur elle. 

La différence principale entre un drone armé et une munition rôdeuse, c’est que le premier va tirer une munition pour détruire sa cible, alors que le second est lui-même la munition. Et s’il ne trouve pas de cible, il peut être récupéré, reconditionné et utilisé pour une nouvelle mission. 

un drone Harop

Le Nagorno-Karabakh, la première guerre des drones?

A l’automne 2020, le conflit du Nagorno-Karabakh a montré au monde la place que tiendraient désormais les drones « kamikazes », ou munitions rôdeuses.

De nombreuses vidéos montrent la destruction de chars ou de systèmes anti-aériens arméniens par des drones ou munitions rôdeuses azéries. Les HAROP et les BAYRAKTAR TB2 ont été d’autant plus efficaces qu’ils ont été déployés en essaim, et qu’ils ont donc saturé les défenses adverses, anéantissant à eux seuls des positions d’artillerie ou des positions fortifiées.

 

Un drone Azéri filme la frappe de deux autres drones

 

Un Gamechanger de la guerre?

Un drone turc Bayraktar TB2 vu de dos

Depuis le conflit du Haut-Karabakh, l’engouement pour les munitions rodeuses explose, Le marché des munitions vagabondes pourrait tripler d’ici 2030, faisant entrer la « guerre des drones » dans une phase industrielle, qui verra se démocratiser leur usage offensif.

Cette arme sera bientôt de tous les conflits, de la lutte anti-terroriste à l’affrontement entre blindés. Le processus est déjà engagé, les forces armées devront très vite trouver des solutions pour repenser leur défense aérienne et la protection contre les drones, y compris au niveau tactique. 

deux chars arméniens en passe d'être détruits par un drone azéri

 

Une arme de guerre psychologique?

Le drone est massivement rejeté par les populations depuis la « War of Drones » de Barack OBAMA, et la multiplication des frappes (y compris dans des pays où les forces armées américaines ne sont pas présentes) par les PREDATOR et les REAPER. Pourtant, c’est bien au cours du conflit du Haut-Karabakh que le drone est devenu un instrument de propagande et, plus encore peut-être, de guerre psychologique. 

Les témoignages des combattants, mais aussi des civils, font directement allusion aux célèbres « Stuka » de la Seconde Guerre Mondiale, et comparent le bourdonnement des drones à la funeste sirène du bombardier en piqué allemand, sirène dont le but n’était autre que diffuser la terreur.

Que l’on soit sur les plages de Dunkerque en 1940 ou sur les plateaux du Caucase en 2020, il n’y a plus d’endroit pour se cacher, plus de période de répit… le soldat ne dispose plus de liberté de manœuvre, et le civil voit son esprit de résistance brisé. Craignez donc le bourdonnement des drones!