Le rail Picatinny

Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer un jeu dans lequel les armes ne soient pas customisables (ici, le gunsmith de CoD : Modern Warfare). C’est aussi le cas dans la réalité, en particulier grâce à l’adoption massive, depuis une vingtaine d’années, du rail Picatinny.

La recherche de la modularité

 

A partir de la fin des années 70, un peu partout dans le monde, des ingénieurs travaillent sur des procédés pour offrir aux soldats des équipements modulaires, c’est-à-dire en mesure d’être customisés par chaque utilisateur en fonction de ses besoins. 

Cette modularité se retrouve dans les équipements personnels (avec l’adoption de plusieurs standards, dont le MOLLE), mais aussi pour les armes. L’idée est de pouvoir fixer des accessoires de manière simple, rapide et standardisée, sans avoir recours à des modifications artisanales, particulièrement appréciées des forces spéciales.

 

Le principe du rail 

 

Pour répondre à la demande de snipers, qui souhaiteraient pouvoir changer de lunettes rapidement et sans modifier leurs réglages, l’ingénieur américain William WEAVER invente, au début des années 80, un bloc de métal standardisé qui reprend, très schématiquement, le forme d’un T allongé et cranté, qui se visse sur la partie supérieure d’une arme. 

Le système est modernisé et, en 1992, l’armée américaine confie à l’arsenal de Picatinny, dans le New Jersey, la mission de mettre au point une nouvelle norme de rail de montage. 

 

Une adoption rapide

 

En 1995, le « Pic » est officiellement adopté pour les nouvelles versions des fusils d’assaut réglementaires américains, le M4 et le M16, où il remplace le traditionnel garde-main en plastique.  

Ce choix impose le Picatinny aux Etats-Unis, mais aussi au sein de l’OTAN. Avec le début des interventions en Afghanistan et en Iraq, le rail va aussi rapidement connaitre son baptême du feu et prouver son efficacité.

Dès la fin des années 90, les industriels de l’armement intègrent aussi le rail à leurs nouveaux produits, et sortent des versions modernisées de leurs armes au nouveau standard. 

Dans plusieurs pays (comme en France), des programmes sont aussi menés pour moderniser les arsenaux d’armes légères, et on trouve aussi rapidement des solutions pour customiser des armes anciennes ou, par exemple, les AK-47.

 

Les accessoires

 

Initialement conçu pour les optiques, le Picatinny va rapidement stimuler le développement de nouveaux systèmes de visée. C’est bien avec le rail que les REFLEX, les REDDOT ou les HOLOPOINT s’imposent et dépassent les cercles restreints des forces spéciales.  

Très vite, une multitude de fabricants d’accessoires vont aussi exploiter le potentiel du PICATINNY dans la prise en main et l’ergonomie de l’arme : les deux accessoires qui s’imposent le plus rapidement sont les poignées, qui modifient sensiblement la précision du tir et sa maniabilité, notamment en milieu clos, ainsi que les lampes et les lasers, qui deviennent beaucoup plus faciles à utiliser et parfaitement intégrés.

 

Au final, dans les jeux vidéo comme dans la réalité, le Picatinny a, en moins de 25 ans, profondément modifié la façon d’utiliser une arme : elle n’est plus un objet fini, mais une plateforme adaptable en fonction de la mission. 

Le shotgun

Dans le jeu vidéo, le fusil à pompe (shotgun en Anglais) est un archétype : depuis Doom, il est toujours dévastateur, mais lent et peu précis. 

Et pourtant, dans la vraie vie, c’est une arme très appréciée des forces de l’ordre et des militaires

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Les armes thermobariques

Les jeux vidéo évoquent souvent les armes thermobariques (comme dans l’un des mes jeux préférés, Red Faction), sans que cela se traduise vraiment dans le gameplay. Alors, dans la réalité, une FUEL-AIR EXPLOSIVE (FAE) c’est quoi ?

Red Faction (2001)

Des accidents industriels pour modèle

 

Au début du 20e siècle, des ingénieurs cherchent à comprendre pourquoi des accidents industriels dans des mines, des silos de grain ou des usines chimiques provoquent des explosions bien plus puissantes que celles des explosifs disponibles à cette époque. 

Ils se rendent rapidement compte que, dans tous les cas, il s’agit d’un phénomène identique : une poussière de particules hautement inflammables présente dans l’air ambiant est enflammée par accident. Elle produit alors une boule de feu qui, dans un premier temps, « boit » l’oxygène ambiant (surpression), puis provoque une onde de choc (dépression) lorsqu’elle se retrouve au contact de l’atmosphère. 

Une arme thermobarique va reproduire cet effet avec la vaporisation dans l’air d’un liquide inflammable, qui est ensuite mis à feu. L’explosion produite est 1,5 à 2 fois plus puissante qu’un explosif classique, et elle est particulièrement efficace contre les bunkers et les lieux confinés (tunnels, grottes) ainsi que contre les grandes concentrations de troupes ou de véhicules (y compris blindés). 

Principaux utilisateurs

Les premiers modèles de FAE sont développés par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale en utilisant de la poudre de charbon, puis d’aluminium. Ils sont rapidement abandonnés, car leur mise au point et les composants nécessaires sont trop difficiles à fabriquer. 

C’est durant la guerre froide que les FAE vont se multiplier. Elles utilisent alors principalement du carburant (d’où leur nom). 

C’est l’URSS, puis la Russie qui utilisent le plus le concept, puisque de nombreuses munitions ont une version FAE : RPG-7 et Schmel, projectile pour le lance-grenade GM-94, mais aussi des munitions pour lanceur de roquettes multiples, et de nombreuses bombes et missiles. Elles sont activement utilisées en Afghanistan, en Tchétchénie et plus récemment en Syrie. 

Les Américains possèdent aussi un important arsenal FAE. Durant la guerre du Vietnam, les bombes thermobariques servent surtout à créer des zones d’atterrissage pour les hélicoptères dans la jungle. Elles sont aussi utilisées durant la 1e guerre du Golfe, et surtout en Afghanistan sur les bunkers et les cavernes (parfois en complément des bombes de type « Bunker Buster »).

Papa contre Maman

En 2003, les Etats-Unis présentent la GBU-43 MOAB (pour « Massive Ordnance Air Blast », mais rapidement transformé en « mother of all bombs ». Avec un poids de presque 10 tonnes, elle est la plus puissante bombe conventionnelle jamais fabriquée, et est utilisée en 2017 contre des tunnels de l’Etat Islamique en Afghanistan. 

La réplique russe est le « father of all bombs ». En septembre 2007, l’explosion de cette bombe qui contient 7 tonnes de carburant pressurisé (pour une plus grande boule de feu) a produit une explosion sensiblement égale à celle de charges nucléaires tactiques…